Les responsables des Assemblées de Dieu au Texas ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient à un événement de la Billy Graham Evangelistic Association.
Les pasteurs Nepthali Zozaya Saucedo et Cinthia Sarai Cardona Otero ont conduit, dimanche, leur assemblée d’Edinburg (Texas) dans un temps de louange pour remercier Dieu de leur récente libération d’un centre de détention pour migrants et prier pour ceux qui y sont encore détenus.
"En tant que corps de Christ, nous pouvons intercéder, non seulement pour notre famille et nos amis, mais aussi pour des personnes que nous n’avons peut-être jamais rencontrées, mais qui souffrent elles aussi, qui subissent l’injustice, qui se battent pour revoir la lumière du soleil, avoir de quoi se nourrir dignement, un endroit où dormir, un lieu où vivre et, surtout, retrouver leur famille", a déclaré Zozaya en espagnol, la voix brisée par l’émotion et retenant difficilement ses larmes pendant le culte.
Les deux pasteurs adjoints de Comunidad Cristiana Emanuel, une Église des Assemblées de Dieu, ont été libérés samedi, deux jours après leur arrestation par des agents de l’immigration alors qu’ils embarquaient sur un vol à destination d’une retraite organisée par la Billy Graham Evangelistic Association. Il s’agissait de leur premier voyage sans leurs trois enfants, et Cardona a confié que ce séjour représentait "un rêve" pour eux.
Au cours du culte dominical puis de la conférence de presse diffusée en direct qui a suivi, le couple a révélé de nouveaux détails sur les menaces que des agents de l’immigration auraient proférées afin de les contraindre à signer des documents de départ volontaire.
Cette journée a également été marquée par une mobilisation exceptionnelle en faveur de leur libération. Sandy Ovalle, membre du conseil d’administration du Latino Christian National Network, a remercié les nombreuses organisations et personnalités qui ont soutenu le couple, notamment les trois principales organisations nationales représentant les évangéliques latino-américains dans le plaidoyer politique — qui collaborent rarement ensemble — ainsi qu’un élu démocrate et une élue républicaine du Congrès.
Plusieurs pasteurs des Assemblées de Dieu présents, dont Zozaya, qui a servi à Comunidad Cristiana Emanuel pendant plus de dix ans, ont également prié pour que Dieu intervienne en faveur d’une politique migratoire plus juste et ont appelé les chrétiens à contribuer à cet objectif.
Le secrétaire du Department of Homeland Security (DHS), Markwayne Mullin, est membre d’une Église des Assemblées de Dieu, et près de neuf membres sur dix de cette dénomination ont voté pour le président Donald Trump lors de l’élection de 2024.
Dans un communiqué, un porte-parole du DHS a affirmé que Zozaya et Cardona étaient restés aux États-Unis après l’expiration de leur visa en 2022 et que les deux époux avaient été arrêtés à des jours différents : Cardona jeudi et Zozaya vendredi. Les responsables religieux contestent cette version, affirmant qu’ils disposaient de visas pour travailleurs religieux valides et qu’ils avaient tous deux été arrêtés jeudi, au petit matin.
Le DHS a également indiqué que le couple devra se présenter en personne dans les six mois auprès de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), tout en effectuant un appel téléphonique de contrôle chaque mois. "Toutes leurs demandes seront examinées par un juge de l’immigration du ministère de la Justice et ils bénéficieront de l’ensemble des garanties de procédure", précise le communiqué.
Lors de la conférence de presse de dimanche, Cardona a expliqué que le couple était "prêt" à présenter les documents attestant de sa situation migratoire lorsqu’il s’est rendu à l’aéroport. "Depuis que Dieu nous a conduits dans ce pays, notre intention a toujours été de l’honorer et de respecter les lois", a-t-elle déclaré en larmes.
Son mari a ensuite ajouté : "Notre désir n’a jamais été de nous servir de cette nation, mais bien au contraire de servir ce pays avec dévouement et engagement, parce que nous avons été appelés auprès des familles de ce pays et de cette communauté."
Vendredi, alors qu’il était encore en rétention, Zozaya avait expliqué au téléphone à des journalistes que le couple avait subi des "pressions", notamment la menace d’une séparation prolongée d’avec leurs enfants — un garçon de sept ans et des jumeaux de presque trois ans — afin de les pousser à signer des documents de départ volontaire.
Dimanche, Cardona a décrit en détail les tentatives répétées qu’elle attribue aux agents de l’immigration pour les contraindre à signer ces documents. Selon elle, ils leur ont affirmé qu’ils seraient expulsés séparément vers deux pays tiers différents, et non vers leur pays d’origine, le Mexique ; qu’ils ne pourraient passer aucun appel téléphonique sans signer ces papiers ; et qu’ils risquaient jusqu’à six mois de détention loin de leurs fils.
Un porte-parole du DHS a rejeté ces accusations : "Il est totalement faux de dire que nous faisons pression sur quiconque pour qu’il choisisse de s’auto-expulser. L’administration Trump utilise toutes les options prévues par la loi pour mener la plus vaste opération d’expulsion de l’histoire, comme le président Trump l’avait promis."
Le DHS a déjà eu recours à différents moyens pour encourager les immigrés en situation irrégulière à quitter volontairement le territoire, notamment en diffusant des vidéos les avertissant que "nous vous retrouverons", en imposant des amendes ou en menaçant de transmettre leurs dossiers à des sociétés de recouvrement de dettes.
Cardona a également raconté un interrogatoire mené à deux heures du matin, séparément de son mari, au cours duquel elle affirme que des agents l’ont insultée et tournée en dérision. "La première fois que je me suis approchée d’un agent, j’ai ressenti un instant de paix parce qu’il a commencé à me parler de la Bible. Mais ensuite, il s’est moqué de moi en disant : 'Vous, les chrétiens, vous pensez pouvoir mettre Dieu avant tout et désobéir aux lois.'"
Craignant d’être séparés de leurs enfants, Cardona explique que le couple a finalement signé les documents. Ils ont ensuite appris qu’il existait une procédure officielle leur permettant de retirer leur signature, ce qu’ils ont fait, malgré les avertissements des agents selon lesquels ils s’exposaient à des "poursuites" en procédant ainsi.
Cardona attribue finalement leur libération à une intervention divine : "Dieu est en train d’agir, parce que tout cela n’a rien de normal."
Les raisons exactes ayant conduit à leur libération demeurent inconnues. Les responsables religieux qui les soutiennent n’ont pas souhaité donner davantage de précisions sur leur situation juridique.
Dimanche, Cardona a invité l’assemblée à chanter avec elle et son mari le chant qui les a soutenus durant leur détention. "Au milieu de la tempête, tu me donnes la paix. Rien n’arrêtera ta fidélité", ont-ils chanté en espagnol.
Les pasteurs principaux de Comunidad Cristiana Emanuel, Octavio Luna et Sarai Martinez Luna, ont conduit un temps de prière pour remercier Dieu de leur libération et pour toutes les personnes qui se sont mobilisées en leur faveur. "Seigneur, tu as réveillé les cœurs ", a prié Octavio Luna.
Sarai Martinez Luna a ensuite déclaré : "Nous avons brisé des barrières et nous nous sommes unis."
De nombreuses organisations et personnalités ont publiquement pris position en faveur du couple pastoral. Parmi elles figurent la National Latino Evangelical Coalition, Conexión Pastoral, Border Perspective, la National Hispanic Christian Leadership Conference, l’initiative Connected Americans, le Latino Christian National Network, le représentant démocrate du Texas Henry Cuellar, la représentante républicaine Monica De La Cruz, ainsi que le démocrate Bobby Pulido, musicien de Tejano candidat contre Monica De La Cruz.
Rick Reyes, vice-intendant du Texas Gulf Hispanic District et pasteur principal de Templo Bethel, à Pharr (Texas), a conclu la rencontre par une prière en faveur des autorités gouvernementales. Il a rappelé que Dieu appelle les croyants à prier pour ceux qui exercent l’autorité, tout en reconnaissant que ces derniers peuvent commettre des erreurs.
"Ce sont des vases d’argile qui, parfois, dépassent volontairement les limites de ce qui est juste, de ce qui est honnête, de ce qui est droit. Nous te prions, Seigneur, de toucher leur vie. Nous te prions, Seigneur, de toucher leur cœur."
Un article de Christianity Today. Traduit avec autorisation. Retrouvez tous les articles en français de Christianity Today.
Aleja Hertzler-Mccain